À propos de Villette

Des lumières à la Révolution

Pour cette cinquième chronique, notre voyage dans le temps nous conduit à une époque charnière dans l’histoire de la France. Je veux parler du XVIIIe siècle. Ce XVIIIe siècle qui commence par une royauté à son apogée et se termine sur la première République Française. Ce XVIIIe siècle qui aura connu les Lumières mais aussi la Terreur.
Commençons donc par notre village. Le 16 décembre 1710 M. de Lesseville vend les terres et la seigneurie sous le titre de marquisat à M. René Joachim de Chénédé, Premier Valet de Chambre de M. le Duc de Berry et Dame Anne Gabrielle Bachelier, son épouse. Celui-ci restera Marquis de Rosay-Villette jusqu’à sa mort en 1739. La dite Dame Anne Gabrielle Bachelier, veuve du dit Sieur de Chénédé, Marquise de Rosay-Villette lui survivra. Sept ans plus tard elle vendra l’ensemble de ses biens à M. Charles Savalette, seigneur de Magnanville, Soindres, Boinvilliers et autres lieux, le 30 octobre 1746 pour une somme de 140 000 livres(1). Mme de Chénédé ayant conservé l’usufruit de ses terres sa vie durant, elle décédera sur le domaine le 20 septembre 1760.

Attardons-nous quelques instants sur l’histoire de Mme de Chénédé. En effet, de celle-ci est parvenue jusqu’à nos jours une très belle pièce en bois, aujourd’hui classée, constituée d’un dossier de banc seigneurial (voir en marge).

Lors d’une précédente chronique(2), nous avions parlé du manoir qui s’élevait à proximité de l’église. Outre ce manoir, il y avait également sur la rive gauche du mauru(3), à droite de la rue Saint Martin en remontant, une grande ferme seigneuriale qui est décrite avec force détails dans l’acte d’achat de M. Savalette en 1746(4) :
« La maison et logement du fermier consistant en un vestibule en entrant, cuisine à droite communiquant dans l’enfoncement à une salle, servant de fournil, cave dessous, sur laquelle cuisine sont deux chambres et un grenier à bled sur le fournil, sur le derrière du grand corps de la dite maison il convient remanier à bout seize toises et demie de couverture en thuilles, dans le vestibule au pignon à gauche il convient refaire une toise de gros murs en sable, chaux et pierres. »

Un grand enclos en terre labourable derrière la dite maison, dans lequel est une cave en assez bon état ; les dits bâtiments couverts, cours et enclos fermés de murs en bon état avec une grande porte, autre que celle cy-dessus dite. Les champs contenant environ dix arpents, la dite grande porte en mauvais état. »

Cette grande porte qui séparait les corps de bâtiment de la zone de culture a vraisemblablement laissé son nom au lieu-dit La porte des champs.

En 1726, la paroisse de Villette ne comptait pas moins de 79 feux(5), ce qui représentait environ 395 personnes dont 282 gabellans(6) et les activités allaient bon train. Le commerce était prospère tout au long de la vallée.
C’est ainsi qu’en 1750, les habitants de la vallée de la Vaucouleurs demandèrent à ce que la route de Mantes à Houdan dite Le Chemin du Roy, qui n’était encore qu’un chemin de terre devenu impraticable à force de trafic, soit réparé. Voici les motifs allégués pour justifier leur revendication :
« Le commerce de toutes les denrées se trouve interrompu, les moulins qui sont situés sur la rivière de Vaucouleurs à portée du dit chemin sont, une partie de l’année, sans rien faire faute de pouvoir faire le transport des bleds, et autres marchandises, sans risquer de perdre les dites marchandises, crever les chevaux et briser les équipages même les plus forts.
Et que cette communication est encore essentielle pour le passage des troupes du Roy dont le nombre est considérable chaque année. Les trous et ornières empêchent pareillement ces mêmes troupes de passer et comme il n’y a point d’échappée, les hommes, les chevaux et encore plus les caissons et autres équipages que l’on a vu verser sont forcés d’arrester sans pouvoir avancer ny reculer ce qui fatigue ces troupes, ruine leurs équipages, retarde considérablement leur marche et est évidemment contraire à l’accélération du service.
Des représentations aussi importantes pour le service du Roy et pour le bien public ont porté Monseigneur à donner ses ordres le 28 juin 1750 au sieur Le Blanc Architecte pour examiner le mauvais état de cette route et faire un devis de réparation à y faire(7). »
Ce qui fut demandé fut fait :
« Au commencement de cette année 1753, on a fait le chemin de Mantes à Houdan en cailloutage. Il se fit à la corvée pour les chevaux et voitures, mais les terrassiers étaient payés. Ce chemin fut entrepris par M. Varin qui eut la partie allant depuis l’hôpital de Mantes(8) jusqu’à la côte de Courgent(9). »

Puis on planta des ormes de part et d’autre de cette route selon une tradition qui remontait à Henri IV. Bien qu’elle ne s’appelât pas encore ainsi, la départementale 983 était née. Les meuniers de la vallée allaient pouvoir faire tourner les moulins à plein rendement.
À cette époque, il y avait sur la paroisse de Villette cinq moulins, à savoir : le grand et le petit moulin de Rosay, le moulin neuf, le moulin de Chavannes et le moulin de Villette. Celui-ci n’était pas dans les possessions du Marquis. Il appartenait à Charles François de Garic, écuyer, seigneur de Boisemont. Il fut rattaché au marquisat par l’acquisition que M. et Mme de Chénédé en firent le 26 novembre 1728.

Au commerce de la farine s’ajoutait le commerce du vin. En effet, en ce XVIIIe siècle, la vigne était une ressource importante pour la seigneurie. La répartition de la vigne à Villette dans un sondage de 1790 indiquait 20 % de surface en vignes par rapport aux terres labourables.
Outre la production pour la consommation locale, une part importante de celle-ci était destinée à la région parisienne. Le seigneur portait donc un grand intérêt aux vignobles pour lesquels il tenait des comptes détaillés. L’annonce de la cueillette ou levée du ban de vendange(10) était faite au son du tambour par le garde champêtre entre le 15 septembre et le 15 octobre.

Dans nos régions, cette culture a toujours été liée à un impératif, celui de pouvoir écouler rapidement le vin produit car il ne se conservait guère plus d’une année. Le transport par voie fluviale répondait à ces exigences aussi les collines et les vallées proches d’un fleuve navigable comme la Seine étaient-elles recherchées pour l’implantation de vignobles. Ce problème était d’autant plus crucial que les quantités produites étaient loin d’être négligeables comme le prouvent les indications livrées dans l’évaluation de la seigneurie de Rosay-Villette au XVIIIe siècle :
« Le pressoir à vin et à cidre, à savoir celui du bas Rosay et celui de Villette, produit quoiqu’ils ne soient pas banaux, dans les bonnes années 12 à 13 muids de vin soit entre 3 000 et 3 500 litres, et s’y faisait également du cidre duquel le droit se paie en argent. On estime le tout, année commune, à deux cent cinquante livres. »

On trouve à la même époque dans le Cueilloir(11) de la terre et seigneurie de Rosay-Villette, mention de deux courtiers en vin dans notre village, ce qui confirme l’importance de cette culture.
Les cépages les plus répandus à Villette étaient le meslier blanc ou rouge et surtout le meunier rouge, ces plans résistant particulièrement bien aux climats de nos régions. Des petits lopins de terre plantés de vigne étaient disséminés un peu partout sur le territoire de la commune, même lorsque le terrain était ingrat comme sur la côte des Gallerands par exemple. Il est vrai que la vigne s’accommode de tous les types de terrains pourvu que l’eau n’y stagne point.

Pendant ce temps, le monde autour de notre vallée s’accélère. En ce milieu de XVIIIe siècle, la société est en plein bouillonnement intellectuel qui donnera naissance au mouvement des Lumières. Voltaire, notamment, mène avec ses amis du parti philosophique, Condorcet, Diderot, D’Alembert, Turgot, un combat contre le fanatisme religieux et en faveur de la tolérance et la liberté de penser. Il participe également au développement du concept de savoir fondé sur la raison éclairée de l’homme. Ce concept sera repris quelques années plus tard par la révolution qui, dans son élan de déchristianisation, transformera nombre d’églises en Temple de la Raison et remplacera le culte de Dieu par celui de l’Être Suprême. Dans notre région, les églises de Houdan et d’Ivry-la-Bataille portent encore les inscriptions de cette époque (voir en marge).

Au-delà de nos frontières même, c’est l’Europe toute entière qui participe à cet élan créatif. Outre la philosophie et la politique, c’est aussi le triomphe de Mozart, Bach, Vivaldi, Rameau, Haendel, Gluck, en peinture Watteau. Kant écrit ses trois œuvres sur la critique de la raison pure(12), de la raison pratique et du jugement. Bref, la société est en mutation. La structure politique qui depuis plusieurs siècles est basée sur une monarchie de droit divin se voit contestée par ces nouveaux philosophes tel Jean-Jacques Rousseau qui propose une démocratie où tous les citoyens sont égaux et liés par un contrat social(13 ). La souveraineté ne viendrait plus de Dieu, mais du Peuple.

Et puis vint la Révolution !

Il n’est pas dans l’objectif de cette chronique de décrire les causes de la Révolution Française. Le besoin d’émancipation de la société, notamment de la bourgeoisie, le rejet de l’absolutisme religieux, les difficultés de vivre du peuple (Impôts très lourds car les caisses de l’État sont vides, récoltes de l’année 1788 catastrophiques et hiver 1789 extrêmement rigoureux, etc.) ont certainement été des facteurs importants de ce grand événement. Mais celui-ci tient une place tellement particulière dans notre histoire qu’il serait ridicule de ne pas tenter d’observer comment il fut vécu dans notre vallée.

De ce point de vue, je ne peux résister au plaisir de vous présenter l’extrait de la monographie communale de l’instituteur consacré à ce chapitre de notre Histoire(14). L’extrait de cette monographie de 1899 soit un peu plus d’un siècle plus tard reflète bien l’enthousiasme de son auteur pour cette Révolution qui changea radicalement le cours de notre histoire.

Cette histoire de la Révolution Française, si elle ne s’est pas écrite dans notre vallée, nous n’y fûmes, toutefois, pas totalement étrangers. Il y avait, tout d’abord, le certificat de civisme(15) (voir en marge) institué par la loi du 21 mars 1793 dans le cadre des comités de surveillance(16) communaux. Chaque citoyen de notre village devait avoir le sien. Il attestait de l’engagement de chacun au service de la cause révolutionnaire et permettait une libre circulation dans le pays. Il y avait également le service dans la garde nationale. Seuls les citoyens actifs, c’est-à-dire pouvant voter et ayant une résidence continue depuis plus d’une année, pouvaient servir dans la Garde Nationale. Les gardes nationaux avaient pour fonction de maintenir l’ordre et de garantir l’obéissance aux lois. Ils pouvaient dissiper « toutes émeutes populaires et attroupement séditieux », arrêter et livrer à la justice « les coupables d’excès et violences ».
La loi du 14 août 1791 avait reconnu l’existence de la Garde Nationale et en avait réglé l’organisation. Dans l’esprit de ses créateurs, la Garde Nationale représentait la Nation Armée constituée en garde permanente et populaire dans chaque commune. Dans notre région, celle-ci était organisée en seize bataillons cantonaux. Le bataillon dont Villette faisait partie était composé de 605 hommes dont 500 étaient habillés par la garde et 120 étaient armés.
Les villages rattachés à ce bataillon étaient les suivants :
Villette :    1 Compagnie
Vert :    1 Compagnie
Flacourt :    1 Compagnie
Boinvilliers :    1 Compagnie
Rosay :    1 Compagnie
Arnouville :    1 Compagnie
Guerville :    2 Compagnies
Un crédit spécial fut octroyé à la commune de Villette pour pourvoir aux dépenses de sa compagnie. En voici le détail :
1 Pour l’équipement du tambour    50 francs
2 Pour l’instruction du tambour    60 francs
3 Acquisition de la caisse    45 francs
4 Acquisition du drapeau    30 francs
5 Pour : bois, lumière, employés au corps    37,68 francs
Total     222,68 francs

Quelques événements mettent également en lumière le fait que la révolution ne se passait pas qu’à Paris. Il y a ce texte relaté dans le cahier de l’instituteur à propos d’un don de canons. Il s’agissait là, non de la garde nationale, mais de la milice bourgeoise fidèle au roi et encore active dans les premiers mois de la révolution : « Je soussigné, lieutenant de la première compagnie de la milice bourgeoise de Mantes, sous le commandement de M. le comte de Mornay, reconnais que le sieur Gosse receveur des terres et seigneuries de Rosay et Villette m’a remis aujourd’hui quatre pièces de canon dont deux de fonte du calibre de 2 livres et 2 autres de 1 livre ½ ou environ. Toutes sur leurs affûts peints en rouge. À Rosay le 18 août 1789(17) ». Cinq semaines après la prise de la Bastille, cet événement témoigne bien que le pays tout entier était traversé par cette révolution.

Quelque temps plus tard, le 5 floréal an II de la République(18), tous les habitants de Villette furent réquisitionnés pour aller couper et peler chacun une botte de bois destinée à fabriquer de la poudre noire pour les fusils et les canons.

Il y a aussi cette condamnation d’un meunier de Rosay et son charretier pendant la Terreur « En 1794, Claude Léger, âgé de 49 ans, meunier à Rosay et Pierre-François Fenoux, âgé de 42 ans, son charretier, sont condamnés à mort par jugement du tribunal révolutionnaire du 9 prairial an II(19) et exécutés le même jour pour avoir résisté à des réquisitions de froment opérées à Saint Martin des Champs et Osmoy(20) ». L’histoire ne dit pas comment et où ils furent exécutés. En tout cas probablement pas sur les poteaux de justice de Villette. Il y avait en effet sur les terres du marquisat et depuis bien avant la Révolution, un endroit où étaient placés trois poteaux destinés à recevoir et supplicier les personnes condamnées par la justice du marquis. Cet endroit, situé à environ 300 m sur le versant à l’ouest de la pisciculture, était appelé La Justice et a laissé son nom au lieu-dit. Il était, dit-on, placé là pour être visible depuis le château du marquis(21).
Nous voici arrivé au terme de notre chronique pour cette année. L’année prochaine nous nous rapprocherons encore un peu plus de nos temps actuels en traversant le XIXe siècle.

Mais ceci est une autre histoire…

(1) Archives Départementales : Série E Suppl. 355. La loi du 25 germinal an IV avait défini le taux de change à 1 franc pour 1,0125 livre. Une livre valait donc un petit peu moins qu’un franc. À titre d’exemple un quarteron d’œufs (25 œufs) valait dans la région de Chartres : 1 livre, 17 sous et 2 deniers soit environ 1,84 franc.
(2) Troisième chronique – Du moyen âge à la renaissance.
(3) Canal que l’on appelle mauru ou mort ru qui alimente le moulin.
(4) Archives Départementales : Série E Suppl. 329
(5) Feu – que l’on peut rapprocher de foyer ou de famille. Un feu était estimé en moyenne à cinq personnes.
(6) Gabellan : personne âgée de plus de 8 ans qui paie la gabelle sur le sel.
(7) Archives Départementales : Série E Suppl. 243
(8) À cette époque l’hôpital de Mantes était situé en face de la polyclinique boulevard Victor Duhamel.
(9) R. Moulin – La vie, le visage de Septeuil à l’aube du XXe siècle.
(10) La levée du ban de vendange correspondait à la levée de l’interdiction de commencer à cueillir le raisin.
(11) Le cueilloir était un registre des impôts sur lequel étaient portés le nom du redevable, sa profession et le montant de l’impôt dû.
(12) L’œuvre de Kant La Critique de la raison pure (Kritik der reinen Vernunft) publiée en 1781 est considérée comme son œuvre majeure.
(13) L’ouvrage de Jean-Jacques Rousseau Du Contrat Social ou Principes du droit politique fut publié en 1762. Il s’est rapidement imposé comme un des textes majeurs de la philosophie politique en affirmant le principe de souveraineté du peuple appuyé sur les notions de liberté, d’égalité, et de volonté générale.
(14) Archives Départementales : Cote 1T mono 10/24
(15) Appelé également carte de civisme.
(16) Les comités de surveillance (qui deviendront, par la suite, les comités révolutionnaires) sont placés sous l’autorité du comité de sûreté générale dont les membres sont désignés par l’assemblée municipale.
(17) Archives Départementales : Cote 1T mono 10/24
(18) avril 1794
(19) mai 1794
(20) Archives Départementales : Cote 1T mono 10/24
(21) Château de Rosay.

Extrait du Bulletin Municipal 2015

Le Grand siècle

Souvenons-nous, la famille de Beauchamp en cette fin de XVIe siècle vend peu à peu les domaines et les terres : en 1595, vente de bois à Jacques Brethe de Clermont, seigneur de Boinvilliers, le 13 juin 1618 vente du lieu seigneurial de Villette par Louis de Beauchamp à M. François Courtin, Maître Des Requêtes et seigneur du Bas-Rosay, en 1611 vente à Jean Courtin du domaine de Leuze et les terres associées, en 1622 vente des terres de Villette à M. François Courtin.
Cette famille Courtin n’est pas nouvelle dans la région. En effet, en 1513 la seigneurie du Bas-Rosay avait été vendue par Jean de Fredet(1) à Guillaume Courtin(2), écuyer, seigneur de Gournay, secrétaire du Roi(3).

À noter que Charles de Fredet, dont il est question sur la dalle tumulaire (voir ci-dessus) exposée à l’église Saint Martin de Villette(4), était le Fils de Jean de Fredet dont nous venons de parler et de Geneviève du Bois dame de Rosay qui, une fois veuve, se remaria avec Guillaume Courtin apportant ainsi à la famille Courtin le reste du domaine des Fredets.

Dans la période 1580 – 1590 François Courtin fait construire sur le Haut Rosay le château que l’on peut admirer aujourd’hui. Ce château fut bâti sur les ruines d’une maison forte close de fossés. Voici ce qu’en dit Paul Aubert dans sa monographie communale(5) :
« Sous Henri III, le conseiller au parlement Courtin construisit, au flanc du coteau au bas duquel coule la Vaucouleurs, le château de Rosay. C’est un élégant édifice renaissance où domine la teinte rouge des briques. L’édifice repose sur de puissantes fondations du moyen âge ; l’emplacement d’anciennes tourelles et d’une double enceinte fortifiée reste nettement marqué. »

Il était donc assez logique que la famille Courtin cherche à agrandir son domaine sur les fiefs voisins. Le 13 juin 1618, François Courtin fait l’acquisition des terres de Villette et du manoir près de l’église. En 1611 Jean, le père de François Courtin achète les terres de Leuze avec l’hôtel seigneurial6. Le hameau de Saint-Corentin sera également acheté à la même époque.

Il ne faut d’ailleurs pas perdre de vue qu’en ce temps-là, les hameaux de Chavannes, Villette, Leuze, Garrés, Rosay, Petit Bilheux et Saint- Corentin ne formaient qu’une seule et même paroisse, la paroisse de Villette. L’église de Villette était le centre de la vie religieuse et sociale pour tous les habitants de ces hameaux, du seigneur au plus humble des serfs.
D’autre part, grâce au roi Henry IV et à la signature de l’édit de Nantes le 13 avril 1598, les conflits religieux s’étaient enfin tus laissant place au développement du royaume.

Dans ce contexte, notre village ne pouvait pas manquer de devenir également un lieu privilégié pour le commerce. Outre les personnages importants comme le curé et les métiers de la terre tels que : laboureurs, journaliers, pasteurs des bêtes à laine(7), vignerons, nous trouvions à Villette : des marguilliers(8), un arpenteur, un marchand de bois, un sabotier, un charretier, un épicier, un couvreur en chaume, un tisserand en toile, un charpentier menuisier, un charron, des meuniers à farine et à tan(9). On trouvait donc là tout ce dont on avait besoin pour assurer la vie de tous les jours sans avoir à se rendre à la ville plus que nécessaire.

Afin d’accueillir tous ces artisans et commerçants, il a fallu construire des maisons. Alors, à quoi ressemblaient les maisons au XVIIe siècle ?

Certes, les édifices en pierre des seigneurs et du clergé, même très anciens, ont résisté à la fuite des jours, mais il n’en allait pas de même pour les maisons des gens moins fortunés. Pourtant, notre vallée étant fort généreuse en pierres de toutes tailles, en ce XVIIe siècle, les constructions en torchis cèdent peu à peu la place aux constructions en pierre telles que l’on peut encore en voir aujourd’hui.
Quant aux constructions en torchis, nous pouvons, néanmoins, nous en faire une idée en observant la façade d’une des plus anciennes maisons de notre village sise au-dessus du lavoir Saint-Martin. Elle est décrite ainsi dans un acte de vente du 6 septembre 1721 : « un chauffoir(10) et grenier dessus de fond en comble couvert de chaume avec un petit faune(11) ». Les composants de ce matériau, l’eau, l’argile et la paille ou le foin, se trouvaient sur place en abondance. Les toits, quant à eux et quel que soit le type de construction étaient de chaume, là encore, matériau disponible sur place.

La raison principale de cette évolution vers la pierre était une amélioration considérable de la résistance aux intempéries. Les maisons en torchis étaient relativement fragiles. Ainsi celles placées près de la rivière étant à la merci des crues de la Vaucouleurs étaient régulièrement détruites. Ces crues pouvaient être redoutables et n’ont pas manqué de frapper l’imagination populaire puisque nous retrouvons les faits consignés dans les archives : nous pouvons notamment y lire qu’en 1625 lors d’une crue hivernale, de nombreuses maisons furent emportées et plusieurs de leurs habitants noyés. On dénombra alors 19 morts entre Septeuil et Villette.

La vie des habitants n’était certes pas un long fleuve tranquille. Outre les hivers ponctués de crues aussi importantes que fréquentes, les récoltes n’étaient pas toujours à la hauteur espérée, ce qui pouvait entraîner des difficultés pour se nourrir. Ainsi à la fin de ce XVIe siècle, un hiver très rigoureux suivi l’année suivante d’une récolte très médiocre, causée par un printemps et un été trop pluvieux provoqua une grande famine dans le pays. Selon Emmanuel Leroy-Ladurie, on dénombra en France en 1694 jusqu’à 1 300 000 morts dues à la famine.

La présence des loups dans nos bois était également une source de danger permanent. Lors des hivers les plus rigoureux, les loups, bien qu’activement chassés, venaient rôder autour des villages, occasionnant des ravages. Un de leurs derniers méfaits connu remonte au 25 avril 1680 : ce jour-là, ils attaquèrent une fillette dans la vallée. Le procès-verbal fut dressé par le juge de Rosay(12).

Au cours de ce XVIe siècle pas moins de trois rois vont se succéder à la tête du Royaume de France(13). Henri IV, une fois la paix revenue, va s’attacher en priorité au relèvement économique et financier du pays. Olivier de Serres(14) et son traité « Théâtre d’Agriculture et mesnage des champs » va, notamment, contribuer à améliorer les techniques d’agriculture alors en vigueur.

Louis XIII, quant à lui, bien que roi dès 1610, n’en assumera la charge qu’en 1617 après s’être débarrassé de la régence de sa mère Marie de Médicis par un coup d’état. En matière de politique intérieure, il continuera, avec Richelieu, la rationalisation du système administratif d’état commencée par ses prédécesseurs. Il est, notamment, à l’origine de l’édit qui fait obligation aux évêques d’octroyer une rémunération aux officiers du culte et crée le premier office de recensement des chômeurs et invalides. C’est également sous son règne que fut fondée l’Académie Française.

Louis XIV, enfin, marque l’apogée du pouvoir royal absolu. Le monarque impose l’obéissance à tous les ordres et contrôle tous les courants d’opinion y compris littéraires et religieux, Mais c’est aussi une période de très grands changements du point de vue culturel et scientifique. La culture française rayonne en Europe dans tous les domaines. Les artistes, intellectuels et scientifiques français sont alors au cœur des réseaux culturels européens. Ainsi tout est en place. De ce XVIIe siècle bien nommé « le Grand Siècle » naîtra au siècle prochain, le courant de pensée dit « des Lumières ».

Mais revenons à notre belle vallée. Un an après le mariage de Geneviève, la fille de Nicolas Courtin, héritière de la seigneurie de Rosay-Villette avec François Briçonnet, chevalier, comte d’Auteuil, Président en la 3e Chambre des Enquêtes, Louis XIV, en remerciement de services rendus, par lettre patente d’avril 1671, érige la seigneurie « du dit François Briçonnet et de ses héritiers et enfants males nés et à naitre en loyal mariage ou ayant cause en titre et dignité de marquisat(15) ».
Voici donc la seigneurie de Rosay-Villette et donc notre village sous la gouvernance d’un marquis proche du roi. Peut-être est-ce pour cette raison que celui-ci rendit un jour visite au marquis en passant par le « Chemin du Roy(16) » près de notre village. La visite est décrite en termes fleuris dans la monographie de l’instituteur(17). « Faut-il s’étonner que le Grand Roi Louis XIV soit venu soupirer en compagnie de son amoureux cortège dans ce joli coin du joli Val des Roses(18) ». (19)L’amoureux cortège dont il est question ici est très probablement Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon, dernière favorite du Roi et devenue sa seconde épouse le 10 octobre 1683.

À partir de cette fin de XVIIe siècle, le marquisat de Rosay-Villette va être revendu plusieurs fois en l’espace d’une dizaine d’années. Le fils Guillaume Briçonnet succédant à son père le 16 janvier 1697, ne resta que peu de temps puisqu’il vendit le domaine à M. Eustache Le Clerc de Lesseville, Maître de la Chambre des Comptes, le 31 juillet 1705. M. de Lesseville se dessaisit à son tour cinq ans plus tard, le 16 décembre 1710, des dites terres et de la seigneurie, sous le titre de marquisat au profit de M. René Joachim de Chénédé, Premier Vallet de Chambre de M. le Duc de Berry et Dame Anne Gabrielle Bachelier, son épouse.

Mais ceci est une autre histoire…

Avant de clore cette chronique, voici, en ci-dessous, un extrait d’un recueil de quatrains écrit par un papiste sur les huguenots. Il nous montre combien la plume était acérée. Les tensions religieuses qui s’étaient calmées au moment de la signature de l’édit de Nantes, étaient peu à peu revenues. Louis XIV sous la pression de l’église abrogea le fameux édit et revint vers une politique en faveur de l’église de Rome. Dans ces quatrains nous pouvons lire des mots comme Ly Moy que l’auteur fait résonner avec Lie-Moy. Hors Ly Moy signifie Limay. Nous trouvons également Enfer qui n’est rien d’autre que le village dans le Vexin au nord de Mantes la Jolie et là l’auteur s’en sert pour évoquer l’enfer. Enfin Averne est le village d’Avernes aussi dans le Vexin. Il faut dire qu’à cette époque les environs nord de la Seine étaient plutôt du côté des huguenots alors qu’au sud c’était plutôt les papistes.

L’on sonna sur eux le tocsin,
N’ayant point ici de caverne,
Ils firent bastir au Vexin
Leur premier prêche dans Averne,
Près Mante, un autre dans Ly Moy.
Ces deux mots sont très manifestes
Pour abaisser le quant-a-moy
De toutes ces damnables pestes.
Averne vaut autant qu’Enfer,
Lie-Moy, nom d’esclave ou de fange,
Montre fort bien que Lucifer
Est de ce troupeau le bon ange !
Même, dans ce pays françois,
Enfer est le nom d’un village
Qui seul renferme, au coin d’un bois,
Le reste de son héritage.
Car ce village seulement
Tient aujourd’huy dans leur croyance
Deux familles, qui follement
Gardent leur place par avance.
La Noblesse a franchi le pas
Pour sortir de tant de misères
Où la Ligue jusqu’au trépas
Avoit engagé leurs grands pères.

1 Jean de Fredet (1480 †1521) Seigneur de Jumeauville et de Rosay.
2 Arrière grand père de François Courtin qui fit construire le Château de Rosay.
3 Rosay, monographie communale de Paul Aubert – Archives départementales des Yvelines, cote J3211/20/2
4 Elle fut découverte au XIXe siècle au dos de la chaire lors de la dépose de celle-ci.
5 Rosay, monographie communale de Paul Aubert – Archives départementales des Yvelines, cote J3211/20/2
6 3e chronique, du moyen âge à la renaissance.
7 Berger
8 3e chronique, du moyen âge à la renaissance
9 Tiré du Cueilloir de Villette (Registre des Impôts).
10 Un chauffoir est une vaste pièce d’étage servant tout à la fois de cuisine et de salle à manger, voire même de chambre à coucher et constitue un lieu privilégié de la vie familiale.
11 Patrimoine des communes de France Topic-Topos – Livre de Villette.
12 Archives Départementales. S B 324.
13 Henry IV (1589 †1610), Louis XIII (†1643),, Louis XIV (†1715).
14 Olivier de Serres (1539 †1619) est généralement considéré comme le père de l’agronomie française.
15 Archives Départementales Série E Suppl. 329
16 Actuelle route départementale 983.
17 Monographie communale de l’instituteur – Rosay – Archives Départementales. Cote 1T mono 10/24
18 Val des Roses – lat Roseium – Rosay
19 Monographie communale de l’instituteur – Rosay – Archives Départementales. Cote 1T mono 10/24

Extraits du Bulletin Municipal 2014

Du Moyen Âge à la renaissance

Souvenez-vous. Nous sommes en 1245, un certain Robert de Villette vient d’assassiner le Prieur de Juziers. Robert de Villette, Chevalier de Mantes, était issu d’une vieille famille remontant à Thédoulh et Gauthier de Villette(1), chevaliers vivant au xie siècle.

Un siècle plus tard on retrouvera trace de chevaliers de Villette, en les personnes de Guillaume et Pierre qui étaient vassaux de Septeuil (2). À cette époque une autre famille commence à s’implanter à Villette : les de Beauchamp. Dès le début du XVe siècle, nous trouvons trace de possession de terres à Villette par les de Beauchamp. Le 14 avril 1417, Jean de Beauchamp devient seigneur de Villette et reçoit l’aveu(3) de Savart Mailler pour son fief. Jusqu’à la fin du XVIe siècle et malgré les difficultés de ces temps troublés, ils ne cesseront d’agrandir leur domaine.

Cette période appelée bas moyen âge, va nous conduire jusqu’à la renaissance (XVe et XVIe siècles). Ce fut une période où tous les éléments semblaient s’être ligués pour le malheur des peuples. Le XIVe siècle commença par une période de sécheresse qui fut la plus importante du 2e millénaire, notamment l’an 1303, suivie d’une période très humide de 1312 à 1319. On rapporte également, qu’en 1438, le Mantois, alors sous occupation anglaise, est à nouveau soumis à la famine. Le blé vaut neuf livres le setier(4). Cet hiver 1438 fut particulièrement terrible et l’on raconte que les loups battaient la campagne jusqu’aux portes de Mantes. « Les gens aux environs de Paris et de Mantes n’osaient sortir à cause de la grande quantité de loups qui dévoraient les personnes quand ils les rencontraient ». Quant à la grande épidémie de peste noire, elle ne frappera notre région qu’au tout début du XVIe siècle.

Mais l’aube de ce XIVe siècle est surtout marquée par le début de la guerre de Cent Ans. À la fin du XIIe siècle globalement tout l’ouest de la France était anglais(6). Notre village, quant à lui, n’en faisait pas partie, étant déjà rattaché à la couronne de France avec le Mantois. Mais entre le XIIe et le XIIIe siècle, le roi Philippe Auguste, cherchant toujours à agrandir le royaume de France, avait reconquis une partie des fiefs Plantagenêt et notamment le Maine, l’Anjou et la Normandie. Il réveillait du même coup les envies de revanche des Anglais. Après bien des vicissitudes, Philippe VI de France(7) décide de confisquer la Guyenne aux Anglais pour félonie le 24 mai 1337. Édouard III d’Angleterre réplique en revendiquant la couronne de France. Le 7 octobre 1337, un archevêque est envoyé à Paris pour jeter le gant à « Philippe, qui se dit roi de France ». La guerre de Cent Ans est commencée. Elle entraînera grands ravages, famines et morts.

Il ne faut, malgré tout, pas voir cette guerre comme une bataille permanente mais plus exactement comme cent ans d’hostilités entre les deux royaumes. Ce fut une longue période de conflits intermittents, en moyenne une année de guerre sur cinq, coupée de trêves et de négociations. C’est ainsi que Mantes et ses environs furent occupés par les Anglais à partir de 1419 pendant 30 ans. C’est en 1449 que les troupes de Charles VII chassèrent les Anglais de Mantes mettant un point final à la guerre dans notre région. La guerre de cent ans prenait définitivement fin quatre ans plus tard, en 1453.
Néanmoins et malgré les conditions difficiles, la vie continuait dans notre village. Les techniques de culture qui avaient commencé à évoluer dès le XIIe siècle se modifient. Les deux labours croisés à l’araire sont remplacés par trois labours à la charrue dans le même sens, le troisième étant peu profond pour garder le fumier, suivi de hersage et de binage. La pratique des assolements triennaux sauvegardée dans les grandes villas et dans les domaines religieux, se répand : hivernois(8) en première sole, trémois(9), lentilles, pois ou fèves en deuxième sole puis une jachère. De cette époque date le découpage si typique et si particulier des champs découpés en lanières parallèles étroites et très longues afin d’éviter le demi-tour trop fréquent de la charrue et l’empiétement sur les autres parcelles.

À partir du XIIe siècle apparaissent les fabriques. Née en Italie et en Angleterre, la fabrique est une structure assimilable à une personne morale et chargée d’administrer et d’entretenir les biens de l’église. Elle s’introduit dans les institutions paroissiales françaises au XIIIe siècle. L’administration de la fabrique était confiée à un conseil(10) composé à Villette de trois marguilliers(11) et du curé en tant que membres de droit. Supprimées à la Révolution Française vers 1792, elles seront rétablies par l’article 76 du Concordat de 1801. Elles disparaîtront définitivement entre 1910 et 1920.

Dans la fonction du marguillier il y avait la tenue du registre des pauvres de la paroisse, dit registre d’aumônes. C’est peut-être de cette époque que datent les premiers précurseurs de nos registres d’état civil. En 1474, Louis XI interdit que l’on change de nom sans autorisation royale et moins d’un siècle plus tard, en 1539, François Ier, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts, oblige les prêtres à tenir le registre de leurs paroissiens. Pour Villette, ce registre(12) commence en 1598 et se termine le 6 fructidor an 11(13), date à laquelle les maires prennent le relais de ce qui est devenu depuis notre registre d’état civil.

Il est étonnant de constater que de nombreuses églises de la région dont la nôtre ont été, soit rénovées, soit reconstruites durant le XVIe siècle. À cela peut-être plusieurs facteurs : le premier, les guerres de religions qui ont été violentes et ont ravagé nombre d’édifices religieux. En 1589 Mantes décide de soutenir la Ligue Catholique du duc de Guise contre le roi Henri IV ce qui entraîna de nombreux affrontements entre les armées du Roi et celles du Duc de Mayenne, frère du Duc de Guise. Mais ceci entraîne le deuxième facteur : Le Roi ayant fini par l’emporter, la ville lui ouvrit ses portes au printemps 1590. Paris étant toujours rebelle à son autorité, le Roi Henri IV installa son gouvernement à Mantes pendant près de deux ans faisant de celle-ci la capitale de fait du royaume. Il est donc probable que la présence de la cour royale à Mantes et ses environs eut des effets bénéfiques sur l’économie de la région.

Revenons maintenant à la famille de Beauchamp car celle-ci va nous permettre au travers des traces des différents actes la concernant d’éclairer quelque peu cette période de l’histoire de notre village.
Le 14 avril 1417, Jean de Beauchamp devient seigneur de Villette et reçoit devant le sieur Le Charron tabellion(14) à Mantes, l’aveu de Savart Mailler pour son fief. Au cours des deux siècles qui suivent, la famille de Beauchamp va multiplier les acquisitions et étendre sa seigneurie sur tout le village. Deux branches de la famille vont se partager les terres de ce qui est aujourd’hui la commune de Villette. D’un côté, Jean de Beauchamp (le petit-fils) qui en 1518, est en possession des deux tiers de Villette et de l’autre Guerard de Beauchamp en possession de l’autre tiers(15).
Parmi les acquisitions faites par Jean de Beauchamp, se trouvait un moulin à foulon. Ce moulin était destiné à traiter la laine de mouton. En effet, le foulage de la laine à carde permettait d’obtenir une étoffe plus solide, plus consistante et plus moelleuse. Nous en trouvons trace dans l’aveu du 14 avril 1417 : « Plus le dit Savart Mailler déclare avoir droit de prendre et percevoir le jour Saint Rémi, 3 sols parisis sur un moulin à draps situé à Villette »(16). Dans l’aveu de René de Beauchamp en date du 13 juillet 1539, on apprend que ce moulin à foulon était situé au lieu-dit « Le Tronchet », actuel emplacement du moulin de Chavannes(17). Mais quelques dizaines d’années plus tard, le 8 mars 1595, on trouve mention de ce même moulin de Chavannes ou « moulin des Prez » devenu moulin à eau faisant de bled farine. Le moulin à blé avait remplacé le moulin à foulon.

Le fils aîné de Jean, le seigneur René de Beauchamp vivait dans un manoir situé près de l’église et du moulin. L’aveu nous informe avec précision sur son emplacement(18).
« Un manoir seigneurial et dépendances. D’un côté le cimetière(19) de l’église. D’un côté les ayants cause de feu S. Bretion et Drouez. D’un bout Jean Descez et ses hoirs(20) Mathurin le Duc. D’autre bout le chemin du Roy et le Mauru de la rivière de Vaucouleurs. »
Outre le manoir, René de Beauchamp possédait également le moulin à blé dit le « moulin neuf ». Il était très vraisemblablement construit à proximité de l’endroit de l’actuelle pisciculture, raison pour laquelle la rue s’appelle rue du moulin neuf. Celui-ci est cité dans l’aveu(21) du 13 juillet 1539 :
« Le dit écuyer avouant posséder 3 arpents de pré et un moulin faisant de bled farine séant dedans appelé le moulin neuf. Cette pièce de terre a été acquise par Jean de Beauchamp, père de René de Beauchamp qui sur la dite place en pré, a édifié le dit moulin à bled. »
Nous pouvons donc dater approximativement sa construction entre 1515, date de l’aveu de Jean de Beauchamp, et 1538, date de sa mort. Le moulin neuf sera détruit lors d’un incendie dû à la négligence d’un domestique, mais il sera reconstruit puisqu’il est question dans l’acte d’acquisition de M. Savalette, en 1746, du « moulin neuf nouvellement reconstruit » et décrit(22) comme suit :
« Le moulin consistant en sa cage et machine, tournant et moulant, une maison de meunier à côté et une étable à porc au bout vers le nord, là un grand corps de logis devant ceux cy-dessus consistant en une ancienne maison servant de fournil, une écurie, une grange, une étable et une deuxième écurie le tout couvert de thuilles et en bon état ; excepté le pignon d’entre la susdite ancienne maison et l’écurie contenant neuf toises qu’il convient de refaire à neuf en pierres et terre. »
Le moulin, devenu propriété de la Comtesse de Jobal, cessera toute activité entre 1856 et 1867.

L’autre branche en la personne de Jacques de Beauchamp, fils de Guerard achète, le 4 septembre 1573, les droits sur le pressoir de Villette(23) qu’il transformera en demeure seigneuriale. Nous en trouvons trace dans l’acte de vente(24) à Jean Courtin en ces termes : « en 1611, vente à Jean Courtin de l’hôtel seigneurial du seigneur de Beauchamp situé à Leuze, près des fontaines, il n’était pas très luxueux car il est dit dans le titre de vente, qu’il était couvert mi-partie en tuile, et mi-partie en chaume avec un pressoir au milieu de la cour. ».
De ces deux édifices il ne reste rien aujourd’hui. Il semble qu’ils aient été, de toute façon l’un comme l’autre, de modeste facture. À partir de cette fin de XVIe siècle, les de Beauchamp vendront peu à peu leur domaine. En 1595, vente de bois à Jacques Brethe de Clermont, seigneur de Boinvilliers. En 1599 Jean de Beauchamp est condamné et décapité à Mantes pour crime d’assassinat contre Charles de Beauchamp, son grand-oncle. Ce qui conduit à la saisie par Maximilien de Béthune(25) des terres de Leuze avec l’hôtel seigneurial qui seront vendus en 1611 à Jean Courtin. Le 13 juin 1618, a lieu la vente du manoir près de l’église par Louis de Beauchamp à François Courtin de Bruxelles, Maître des Requêtes et seigneur du Bas-Rosay(26). Enfin, en 1622 a lieu la vente des terres de Villette au même François Courtin.

La présence de la famille de Beauchamp à Villette s’inscrit dans la période de la Renaissance française. Celle-ci fut pendant les XVe et XVIe siècles un grand mouvement d’émancipation de la société. Dans les techniques, c’est certainement l’invention de Gutenberg qui fut la plus marquante. En effet, celui-ci invente vers 1460, un procédé de caractères mobiles réutilisables pour l’imprimerie, ce qui diminue considérablement le temps de travail et donc le coût des ouvrages. Les livres étant de plus en plus accessibles, cela permet à un plus grand nombre de personnes d’accéder à la culture. Quelques années plus tard, la diffusion imprimée et traduite en français de la vulgate (27) conduira les humanistes à remettre en cause les principes de lecture de la Bible hérités du Moyen âge et favorisera ainsi la propagation des idées de la Réforme.

Dans le domaine philosophique, les humanistes comme Érasme et son « Éloge de la folie », Montaigne et ses essais, La Boétie avec son « Discours de la servitude volontaire » bouleversent les réflexions philosophiques de leur temps.
En 1539, l’ordonnance de Villers-Cotterêts impose l’usage du Français dans tous les actes officiels administratifs, judiciaires et diplomatiques. Cette ordonnance s’inscrit dans un mouvement général des érudits vers la langue française. On traduit les textes anciens, et Rabelais écrit sa « geste » parodique en français. Étienne Dolet (1509-1546), imprimeur, philologue, érudit et poète cité avec éloge par du Bellay comme « homme de bon jugement en notre vulgaire », qui allait pourtant finir brûlé vif pour athéisme, abandonne le latin au profit du français. Marguerite de Navarre, elle-même, bien que condamnée par la Sorbonne dès 1531 pour son « Miroir de l’âme pécheresse » continuera ses écrits en français, etc.

En politique, la Renaissance a ceci de spécifique que le pouvoir du roi s’accentue sur ses vassaux. On passe progressivement d’un régime de suzeraineté à un régime de souveraineté. François Ier est ainsi l’un des premiers monarques français, au sens propre du terme. Henri IV poursuivra dans cette voie par un accroissement de ses responsabilités. Avec la signature de l’édit de Nantes en 1598 il devenait le garant de la sécurité du pays unifié. La rédaction du droit coutumier, jusqu’alors oral, était inaugurée. Pour le Mantois la rédaction de la coutume de Mantes eut lieu en 1556. René de Beauchamp, seigneur de Villette faisait partie de la représentation de la noblesse. C’est aussi à cette époque que les impôts extraordinaires pour l’effort de guerre se transforment en impôts réguliers. La monarchie instaurait ainsi un système d’imposition permanent permettant de remplir régulièrement les caisses de l’État.

Avec la fin de la Renaissance s’achève notre chronique pour cette année. Bien des choses nous attendent encore dans ce XVIIe siècle qui s’annonce.

Mais ceci est une autre histoire.

(1) _Monographie de Villette – Émile GRAVE.
(2) _Nobiliaire et armorial du comté de Montfort l’Amaury – Adrien MAQUET et Adolphe de DION. Autlet, 1881
(3) _L’aveu est une déclaration écrite que doit fournir le vassal à son suzerain lorsqu’il entre en possession d’un fief (par achat ou héritage). L’aveu est accompagné d’un dénombrement ou minu décrivant en détail les biens composant le fief.
(4) _Le setier de Paris valait 12 boisseaux de 640 pouces cubes, soit 152 litres.
(5) _Dictionnaire du monde rural – M. LARCHIVER. Fayard, 2006
(6) _Voir numéro précédent du bulletin de Villette.
(7) _Philippe de Valois – 1293, 1350. Il fut le premier roi de France de la branche collatérale des Valois.
(8) _Variété de blés d’hiver.
(9) _Variété de blés de printemps.
(10) _Les membres de ce conseil sont au nombre de trois : un président, un trésorier, un secrétaire.
(11) _Un marguillier est un laïc, membre du conseil de fabrique. Il est chargé de l’entretien de l’église, de l’administration des biens de la paroisse (terres, écoles, rentes et impôts) et de la tenue du registre des pauvres de la paroisse.
(2) _Ce registre est consultable depuis son origine sur le site :

http://archives.yvelines.fr/arkotheque/registres_paroissiaux_État_civil/État_civil_resu_rech.php

(13) _24 août 1794
(14) _Notaire.
(15) _Archives départementales – série E Supplément 355, cote 102.
(16) _Prieuré de Mantes – GAINIÈRE.
(17) _Preuves Tome XIV, extrait LEVRIER – Émile GRAVE.
(18) _Les possessions de l’abbaye de Cluny dans le Mantois par Jacques Charles de SERQUIGNY – Les amis du Mantois n° 10, 1959.
(19) _À cette époque le cimetière était le long du côté nord de l’église.
(20) _Héritiers.
(21) _Archives départementales – série E Supplément 355, cote 102.
(22) _Mantes et son arrondissement – Victor BOURSELET et Henry CLERISSE, Édition du Temps Paris, 1933
(23) _Archives départementales – série E Supplément 355, cote 217.
(24) _Archives du château de Rosay – Document relevé par monsieur le curé de Villette H. BELLAUNAY.
(25) _Maximilien de Béthune, duc de Sully (13 décembre 1559 – 22 décembre 1641), pair de France, maréchal de France, baron puis marquis de Rosny, ministre d’Henri IV.
(26) _Archives départementales – Admodiation et régie, cote 1056.
(27) _Version latine de la Bible, traduite par saint Jérôme, entre la fin du IVe et le début du Ve siècle directement depuis le texte hébreu.

Le Bas moyen âge, première partie : la naissance de la France

Notre histoire reprend sous le règne de Louis VI le Gros (1081-1137). Premier des descendants de Hugues Capet à se prénommer Louis, le nouveau roi se fait, cependant, appeler Louis VI pour signifier que sa dynastie s’inscrit dans la continuité des Carolingiens. Le moyen âge, bien que souvent évoqué comme une période de régression et d’obscurantisme, est le témoin de nombreux progrès et évolutions dans les domaines artistique et technique. La société elle-même n’est pas en reste puisque l’on assiste à une évolution importante qui tire de son état de soumission absolue la classe la plus nombreuse de la population, et qui l’investit de droits civils. L’esclavage proprement dit est remplacé par la servitude, dans laquelle la condition humaine est reconnue, respectée, protégée, si ce n’est encore d’une manière suffisante par les lois civiles, au moins plus efficacement par celles de l’Église et par les mœurs sociales.

Citons à cet effet l’historien M. Guérard (1). « Alors le pouvoir de l’homme sur son semblable est contenu généralement dans certaines limites ; un frein est mis d’ordinaire à la violence ; la règle et la stabilité l’emportent sur l’arbitraire : bref, la liberté et la propriété pénètrent par quelque endroit dans la cabane du serf. Enfin, pendant le désordre d’où sortit triomphant le régime féodal, le serf soutint contre son maître la lutte soutenue par le vassal contre son seigneur, et par les seigneurs contre le Roi.
Le succès fut le même de part et d’autre ; l’usurpation des tenures serviles accompagna celle des tenures libérales, et l’appropriation territoriale ayant eu lieu partout, dans le bas comme dans le haut de la société, il fut aussi difficile de déposséder un serf de sa manse, qu’un seigneur de son bénéfice. »

Mais revenons à la France de l’époque. Au début de son règne, Louis VI ne peut guère s’aventurer sans escorte au-delà de trois lieues de Paris. Conscient de sa faiblesse, le roi va méthodiquement combattre et annexer à la couronne les domaines des seigneurs brigands du bassin parisien, tels Hugues III de Puiset, Thomas de Marle et Philippe de Mantes dit le Bâtard. C’est ainsi qu’en 1110 Mantes fut réunie au domaine royal. C’est aussi à Louis VI que l’on doit le nom de notre beau pays. En effet, en 1119, dans une lettre au pape Calixte II, Louis VI se proclame… « Roi de la France, et fils particulier de l’Église romaine ». Il s’agit de la première mention connue du mot France.

En ce temps-là, notre village n’est plus un simple hameau. L’on y va à l’église et construit un moulin. En effet selon l’évêché de Versailles, dès le XIe siècle notre village était déjà une paroisse avec son église. Celle-ci aurait été donnée par Childebert aux moines de Saint Wandrille. Cette donation fut confirmée en 1144 par le pape Innocent II et en 1177 par Louis VII. Le pouillé du diocèse de Chartres fait notamment mention d’une église paroissiale à Villeta dont le collateur(2) était justement l’abbé de St Wandrille. Bien que l’église visible aujourd’hui ne soit pas l’édifice existant à l’époque(3) on peut imaginer qu’il ne devait pas être d’un style très différent. En effet, les anciennes églises en bois se font de plus en plus rares. Les fréquents incendies et une maîtrise de l’architecture qui s’affirme au travers de l’art roman, incitent ceux qui en ont la charge à les reconstruire en pierre. C’est ainsi qu’afin d’éviter les incendies des charpentes, apparaissent les premières voûtes en pierre (4). Cet art roman qui nous vient d’Italie s’exprime à travers le caractère monumental de son architecture. Il emprunte à des sources variées : carolingienne, antique ainsi que byzantine, orientale et celtique ; mais c’est surtout la rigueur qui caractérise ce style, ainsi qu’une relative austérité. Dans la société de l’époque, profondément religieuse, l’art roman a pour but de favoriser le recueillement et la prière.

En ce qui concerne le moulin, deuxième édifice important de notre village, il fallait un cours d’eau plus ou moins régulier pour le faire fonctionner. Dans ce but, les villageois, sous la direction des moines (Peut-être ceux de l’abbaye de Saint Wandrille dont la paroisse dépendait), vont creuser et aménager un canal. Ce canal appelé Mauru ou Mort ru existe encore de nos jours. Quant au moulin, il se trouvait sur la rive droite du Mauru, au nord de l’église. Durant tout le moyen âge il fut connu sous le nom de Grand Moulin de Villette(5). À la fin du XIIe siècle, un parchemin mentionne : « L’Abbaye d’Abbecourt reçut un demi-muid de grain à prendre sur le moulin de Villette(6) ».

Mis à part la fin du XIIe siècle (1195-1200) où il y eut une grande famine telle « que tous les plus riches mendiaient leur vie parce qu’à cause des guerres l’on ne pouvait plus semer les terres », les XIIe et XIIIe siècles sont des périodes de relative prospérité agricole. Les dons aux abbayes sont fréquents et nous en retrouvons quelques traces dans l’histoire de Villette. Ainsi, dans la donation de Guillaume de Mauvoisin, seigneur de Rosny, au prieur de Gassicourt pour le repos de son âme on peut lire : « Buchard de Pont Levoy donne la moitié du champart(7) de Vileta, le quatorzième jour des calendes de mars de l’année de l’incarnation du seigneur 1168 » (17 février 1168). De même, en 1182, dans l’église du bienheureux Gilles, à Mantes, Pierre Marmorel fait don aux moines de l’abbaye de Marmoutier, du produit de la dîme à Heurteloup et Bouchard de Leuze cède la moitié du champart de Villette à l’abbaye de Cluny. Ou encore, en 1218, Hugues III de Gisors se rendait à Pontoise et déposait sur l’autel Saint-Martin un acte confirmatif de toutes les libéralités de ses ancêtres. Il mettait le châtelain de Fresnes-l’Aiguillon Guillaume du Bellay en possession « du tiers de la dîme du Bellay à lui vendue par Guillaume de Villette qui la tenait de Hugues et qui devait bientôt décéder à Saint-Martin ».

Si les dons aux églises étaient fréquents pour notamment s’assurer des indulgences, les rapports entre l’église et le royaume n’étaient pas toujours de tout repos. Vers la fin de ce XIIe siècle, le roi Philippe Auguste eut avec l’église romaine des démêlés qui rejaillirent sur tout le royaume de France. Le 14 août 1193 Philippe Auguste épouse en secondes noces Isambour du Danemark qu’il trouve laide et ne lui inspire aucun désir, il la répudie au bout de quelques jours. Bien qu’un concile épiscopal ait prononcé l’annulation du mariage, le pape Célestin III excommunie le roi de France et interdit aux évêques de le remarier. Passant outre, le 11 juin 1196 Philippe épouse l’Allemande Agnès de Méranie. Ce mariage va provoquer les foudres du nouveau pape Innocent III qui va à nouveau excommunier le roi de France pour bigamie. Le concile de Dijon du 6 décembre 1199 jettera l’interdit(8) à effet des 40 jours suivant Noël, sur tout le royaume de France qui devra, en conséquence, fermer ses églises. Aucun mariage ni enterrement religieux ne pourront être célébrés par un prêtre dans tout le royaume dès le mois de janvier 1200. L’interdit sera levé avec la mort d’Agnès lors de l’accouchement de son fils le 20 juillet 1201. L’église de Villette fut-elle fermée pendant un an et demi ? Nul ne sait, mais cela contraignit le roi à faire célébrer le mariage de son fils Louis, futur Louis VIII de France, sur les terres du roi Jean Ier d’Angleterre. Selon le chroniqueur Rigord(9) « le lundi 22 mai 1200, jour qui suit le jeudi de l’Ascension, date de la signature au lieu-dit Gueuleton (actuelle île du Goulet sur la Seine entre Vernon et Les Andelys) du traité de paix entre Philippe, roi de France et Jean, roi d’Angleterre, les noces du prince Louis et de Blanche de Castille sont célébrées en le même lieu ».

Cette période du XIe au XIIIe siècle est aussi la période des croisades. De 1095 à 1291 sept croisades seront organisées vers l’orient et la terre sainte. Les pèlerins à leur retour d’orient, vont en profiter pour ramener dans leurs bagages nombre de graines et épices jusqu’alors inconnues. C’est ainsi que le sarrasin (blé noir), le riz, le coton, l’échalote, les artichauts, les épinards, les aubergines ou encore l’estragon, le safran et le jasmin arrivèrent dans nos provinces. Mais les chemins vers la terre sainte étaient incertains. Aussi, afin de protéger les pèlerins, l’ordre du Temple fut créé le 22 janvier 1129. C’était un ordre religieux et militaire issu de la chevalerie chrétienne, dont les membres étaient appelés les Templiers. Cet ordre possédait de nombreux fiefs et maisons partout en France. Pas très loin de Villette, l’Ordre possédait dès la fin du XIIe siècle une maison à Prunay(10). Des lettres de l’évêque de Chartres, du 15 février 1189, portent que, « d’après l’écrit authentique de Simon d’Anet, qu’il a eu entre ses mains et qu’il a lu, il résulte que le seigneur Simon, du consentement de sa femme Isabelle et de ses enfants, a donné, pour le repos et le salut de leurs âmes, aux frères de la chevalerie du Temple, la ville de Prunay, « villam(11) de Pruneio », avec tout ce qu’il y possédait, en terres, bois, justice et seigneurie, à la charge et sous la condition expresse que les Templiers serviraient à la dame Isabelle, une rente viagère de trente livres par an, jusqu’au jour de son décès ». Deux fiefs, notamment, étaient proches de notre village : le fief de Clermont, à Boinvilliers, au chemin de Paris, et près de celui conduisant de Boinvilliers à Villette et le fief d’Arnouville, au chemin de Boinville.

Un nouvel élément apparaît aussi à cette période : c’est le blason. Issu de la chevalerie et élément à part entière du droit médiéval, il s’est rapidement diffusé dans l’ensemble de la société : clercs, nobles, bourgeois, paysans, corporations, ce qui en faisait un système emblématique unique en un temps où la reconnaissance et l’identification passaient rarement par l’écrit.
En 1235 Renaud de Villette a pour blason « Deux fasces et trois tourteaux rangés en chef ». « Sigillum (Sceau) Reginaud(12) (Renaud) de Villetta ».
Ce blason, le plus ancien que l’on connaisse en rapport avec Villette, a été pris pour modèle pour réaliser notre blason moderne de la commune.

Enfin et comme à toutes les époques, l’actualité, ne manquait pas de faits divers.
Ainsi, en 1245 un certain Robert de Villette Chevalier de Mantes s’illustre tristement en assassinant le Prieur de Juziers. L’historien Levrier a conservé une copie de la sentence dont voici un extrait : « Jean, Prieur de Juziers, fut donc occis. Les meurtriers présumés furent Robert de Villette Chevalier et Guillaume Périer, des environs de Mantes et probablement de Drocourt. Ils furent appréhendés et demandèrent au Roi que leur procès fut fait devant l’officier de Chartres. Ils voulaient ainsi échapper à la peine capitale et au bannissement perpétuel que les tribunaux ecclésiastiques ne pouvaient prononcer. Ils obtinrent ce qu’ils demandaient et furent condamnés à effectuer des pèlerinages (appelés hachées, hachy, hacies ou pénitence) d’abord à Juziers où le crime avait été commis, sur la tombe du Prieur puis dans toutes les cathédrales rencontrées sur le chemin de la terre sainte où Robert de Villette était condamné à demeurer trois ans. Ils devaient se présenter dans les églises à l’heure de l’office solennel, nu-pieds, en caleçon et en chemise d’étamine, un manteau troué sur le dos, verges à la main, en criant : « Nous faisons ceci parce que nous sommes les auteurs de la mort de Jean, Prieur de Juziers, et nous le faisons pour obtenir grâce et rémission ». Ils demandaient un certificat pour chaque amende honorable et la pénitence comptait à partir de la Saint Jean 1248. Les coupables se soumirent à cet arrêt. »

Nous voici arrivés au terme provisoire de notre voyage temporel. Celui-ci est loin d’être terminé et bien d’autres événements et péripéties nous attendent. Nous espérons, cette année encore, vous avoir intéressés. Si vous avez des idées, remarques ou commentaires, n’hésitez pas à nous les communiquer car ils nous serviront pour améliorer notre chronique.


(1) L’historien M. Guérard, membre de l’Institut de France est l’auteur de la collection « Documents inédits sur l’Histoire de France » publié en 1840. L’extrait est tiré des prolégomènes du Cartulaire de l’abbaye Saint-Père de Chartres.
(2) Le collateur était le voué, le protecteur de la paroisse : il avait le devoir de la défendre, de veiller à la conservation de ses terres et de ses revenus, de pourvoir à son entretien. En retour, il possédait des avantages. Il percevait notamment les deux tiers et quelques fois la totalité de la dîme, il avait le droit de préséance à l’église et on lui payait le droit de sauvegarde.
(3) Selon les architectes des Monuments Historiques qui ont supervisé sa réfection au XIXe siècle, l’église dans son état actuel date du XVe siècle. Des renseignements recueillis auprès des Archives Départementales laissent à penser que sa construction remonterait plutôt au XVIe ou XVIIe siècle. On trouve d’ailleurs dans le livre de Michel De La Torre une indication qu’il existait pour notre église une plaque de fondation datée de 1632.
(4) Ce qui n’est pas le cas de notre église actuelle qui possède une très belle charpente avec poutres à poinçons apparents. La voûte, quant à elle, est constituée de menues planchettes en bois de chêne appelées mérains.
(5) Le Grand Moulin de Villette fournira sans interruption de la farine aux habitants de la région pendant huit siècles avant d’abandonner toute activité de meunerie entre 1910 et 1920.
(6) Source : Monographie de Villette par Eugène Grave.
(7) Produit des champs.
(8) Dans le Code de droit canonique, l’interdit est une sanction pénale appartenant à la catégorie des censures. Il était autrefois considéré comme une peine expiatoire. Elle peut être portée par le pape ou un évêque et a pour effet, jusqu’à son absolution, la privation des biens spirituels : offices divins, sépulture en terre consacrée, sacrements.
(9) Rigord (Rigordus) était un moine de l’abbaye de Saint-Denis, médecin et historien, né entre 1145 et 1150 dans le Bas-Languedoc, mort à Saint-Denis vers 1207. C’est lui qui, le premier, donna à Philippe II de France le surnom d’« Auguste ».
(10) Aujourd’hui : Prunay le Temple
(11) « Villam », dérivé de villa (voir la précédente chronique) signifie maison.
(12) Reginaud, Reginald, Regnaud, Renaud dérivent tous de la même origine à partir des substantifs germaniques ragin, le conseil, et wald, le gouverneur, Renaud signifierait donc « le conseiller du prince ».

Villette en cartes postales

Villette_CartesPostales
Ci-dessous, en téléchargement, quelques cartes postales de notre beau village.

Si vous en possédez d’autres et que vous souhaitez les partager, n’hésitez pas à nous les confier quelques jours, le temps de les numériser afin de pouvoir les enregistrer sur notre site internet.
Vous pouvez les déposer à la mairie aux heures d’ouverture du bureau.
En attendant, voici déjà quelques images d’antan

En bref

Villette est un petit village français, situé dans le département des Yvelines et la région d’Île-de-France. Ses habitants sont appelés les Villettois et les Villettoises.
La commune s’étend sur 4,6 km² et compte 530 habitants depuis le dernier recensement de la population datant de 2004. Avec une densité de 114,5 habitants par km², Villette a connu une nette hausse de 12,8% de sa population en rapport avec 1999.

Entouré par les communes de Rosay, Breuil-Bois-Robert et Vert, Villette est situé à 5 km au Sud-Ouest de Mantes-la-Ville la plus grande ville à proximité.
Situé à 45 mètre d’altitude, la rivière de la Vaucouleurs est le principal cours d’eau qui traverse le village de Villette.
La commune est proche du parc naturel régional du Vexin français à environ 7 km.

Villette fait partie de la Communauté de Communes du Pays Houdanais (CCPH).

Coordonnées géographiques décimales
Latitude : 48.9272
Longitude : 1.69194
Coordonnées géographiques sexagésimales
Latitude : 48° 55′ 38 » Nord
Longitude : 1° 41′ 31 » Est
Heure locale
Il est 00:34 le samedi 22 juillet 2017
Fuseau horaire
UTC +1:00 (Europe/Paris)
Heure d’été : UTC +2:00
Heure d’hiver : UTC +1:00